Cartographie du néant et Traçabilité du rêve

...............................................................................................................

07 juillet 2006

Une chance pour deux : Acte I

 

Acte I

 

Scène 1 : Appartement dans le noir. On entend un bruit de clé. La porte s’ouvre, on voit une main qui appuie sur l’interrupteur. La lumière dévoile un joli salon, avec des meubles anciens, une cuisine aux teintes chaudes et méditerranéennes, un original de Modigliani. Epuré, harmonieux malgré les piles de livre éparses, l’ensemble dégage une impression de quiétude.

 

 

Charles

Entrez, ici vous êtes en sécurité.

 

Vêtu avec élégance, du geste, un homme invite une femme à rentrer. Hésitante, elle le précède. Elle tient un sac dans ses bras, scrute l’espace. L’homme suit, referme la porte à clé derrière eux. Instinctivement, elle se retourne, semble anxieuse.

 

Charles

Vous voulez que je laisse ouvert ?

 

Marie

Non, non…

 

Charles

Si vous préférez une chambre à l’hôtel, je vous l’ai dit, ça ne pose aucun problème ?

 

Marie

Non, non…

 

Charles

Mettez vous à l’aise, je vais faire un thé.

 

 

Marie

Vous n’auriez pas quelque chose d’un peu plus fort ?

 

Charles

J’ai un vieil armagnac ?… Ou une chartreuse, qui rentre dans sa trente-deuxième année ! Un miracle ! Je la veille avec passion…

 

Marie

Trente deux ans, c’est mon âge.

 

Charles

Alors la chartreuse s’impose !...

 

Elle s’assied, pose son sac sur le coté du canapé, à porté de main… Elle se dégage les cheveux, se les attache avec un élastique qu’elle porte autour du poignet.

 

Marie

Je peux fumer ?

 

Charles

Vous êtes chez vous.

 

Marie

Merci.

 

 Il va chercher deux grands verres et un cendrier, sort avec délicatesse une bouteille de liqueur verte d’un coffret en bois. Marie commence à rouler un joint sur la table basse du salon. Charles s’en rend compte en faisant le service.

 

Charles

Quand vous parliez de fumer, je ne pensais pas à l’énorme chose que vous êtes en train de rouler !

 

 

Marie

Excusez moi, je ne pensais pas à mal. L’habitude… Ça vous gène ?

 

Charles

Pensez vous !… Avec une Chartreuse de trente deux ans, on peut se faire plaisir…

 

Marie

On partage ?

 

Charles

Pourquoi pas ? Cela fait juste 17 ans que j’ai arrêté de fumer… Mais je vous préviens, avec votre truc, vous risquez de m’entendre jacter toute la nuit !

 

Marie

Vous avez déjà pratiqué ?

 

Charles

Vous savez, dans ma jeunesse, la Grèce antique, nous étions très libres…

 

Marie

Arrêtez de me faire rire comme une idiote… Non, sérieusement ?

 

Charles

A l’époque ou mon fils consommait, j’ai voulu essayer, pour mieux le comprendre...

 

Marie

Et alors ?

 

Charles

Je l’ai encore moins compris… Et j’ai saoulé ma défunte épouse trois heures durant. Une vraie logorrhée !...

 

Marie

Vous êtes veuf depuis longtemps ?

 

Charles

Douze ans.

 

Marie

Elle est morte jeune…

 

Charles

Oui, cinquante cinq ans. Mais cela ne saurait résumer cette âme délicate…

 

Marie

Excusez moi, je remue des souvenirs tristes...

 

Charles

Ne vous excusez pas, rien de ce qui touche à elle n’est triste. Il faisait beau, elle souriait comme au premier jour de notre rencontre…

 

Marie

Elle doit vous manquer…

 

Charles

Oui. Mais l’absence aussi s’apprend… Et elle fait toujours partie de ma vie… Elle a semé tant d’amour… Entre l’égoïste que je fus et l’homme qu’elle a permis, il y a peu de rapport. Partager tant d’années avec elle reste la meilleure chose qui me soit arrivé.

 

Marie

Vous l’avez connu comment ?

 

Charles

Elle travaillait dans mon quartier. Un magasin qui vendait des bouteilles de gaz. J’en consommai une par mois en temps normal, mais pour la voir, j’étais passée à deux par semaine. Elle avait toujours un mot gentil. Mon petit manège devait l’amuser. Au bout de trois mois, j’avais accumulé suffisamment de butane pour faire sauter la région. A la caisse, un jour je lui ai dit : « Qu’est ce que je vais faire de toutes ces bouteilles ? »  Elle a  rie, j’en ai profité pour l’inviter : trois mois plus tard nous étions marié…

 

Marie

Dites donc, vous n’avez pas traîné.

 

Charles

C’était une autre époque… Nous étions pourtant nombreux à frapper à sa porte…

 

Marie

Et c’est vous qui avez remporté l’affaire.

 

Charles

Oui, j’ai eu de la chance… Je l’emmenais dans ces petites routes de campagne qu’elle aimait tant. Avec mes premiers salaires, j’avais acquis une voiture de sport verte. Qui tombait en panne constamment ! Une véritable provocation aux lois de la mécanique les plus élémentaires. J’étais saoulant comme un alcool de patate, mais cette bagnole faisait un tel bruit, qu’elle n’entendait rien des idioties que j’alignais au Kilomètre ! Le temps qu’elle s’en aperçoive, elle avait juré de m’aimer pour le meilleur et le pour le pire !... Comme quoi, le bonheur tient à peu de chose…

 

Marie

Une voiture verte qui fait un bruit d’enfer et tombe en panne tous le temps ?

 

Charles

Absolument !

Marie

Et bien ce soir, c’est moi que vous saoulerez, avec vos gentils mots et votre chartreuse.

 

Charles

Et vous, vous m’enivrerez avec votre charme et vos drogues !

 

Marie

Marché conclu !

 

Elle lui tend la main. Il la prend avec délicatesse.

 

Charles

Interrompez donc votre artisanat, et goûtez moi cette chartreuse. !

 

Marie

Avec plaisir… A vous, Charles…

 

Charles

A la trente-deuxième année !  

 

Ils trinquent.

 

Charles

Alors ?

 

Marie

C’est épais, c’est bon. On dirait un sirop de forêt…

 

Charles

Vous m’enchantez ! En trois mots vous exprimez 1000 nuances !... Vous connaissez l’origine de cette Chartreuse ? (Elle fait signe que non) Je vous raconte ?

 

Marie

Si vous voulez.

 

Charles

 Tout commence en 1605, par un manuscrit secret, censé révéler un élixir de longue vie, remis des mains d’un obscur maréchal aux moines de la chartreuse de vauvert ! L’apothicaire de l’ordre, à l’évidence touché par la grâce, fixe alors la formule quasi définitive de ce qui deviendra la chartreuse. On la vend à dos de mulet, de village en village… Entre nous, elle tapait beaucoup plus fort à l’époque, dans les 71°!

 

Marie

Ah quand même !

 

Charles

Oui. Plutôt une boisson de religieux, en effet !... Pour revenir à notre histoire, pendant plus d’un siècle, la vie s’écoule paisiblement dans la communauté; au rythme de la prière et des lentes macérations. Jusqu’à la révolution de 1789, sanglante et néanmoins utile mascarade… Toutes les communautés sont alors dissoutes, mettant un terme provisoire à la conception du divin nectar ! L’’ordre, dans son infini sagesse, prit néanmoins la décision de conserver la précieuse recette sur un unique manuscrit, et de le confier à l’un des frères !

 

Marie

C’est l’histoire de France, votre chartreuse !

 

Charles

Attendez la suite !...  Donc, après une longue aventure, digne d’un livre d’Alexandre Dumas, le moine possesseur du secret de sa communauté échoue en prison, mais, après plusieurs tentatives, réussit néanmoins à faire sortir le manuscrit de sa cellule !

 

Marie

Tout ça pour une liqueur ?

Charles

Vous savez, des choses anodines deviennent parfois de grands symboles de résistance ! Ça vaut pour certains héros ! Qui dans le fonds étaient des hommes médiocres…Donc, notre moine emprisonné confie la précieuse recette à un autre chartreux en cavale, qui la cache un certains temps, avant de la transmettre à son tour à Mr Liottard, homme de confiance et pharmacien à Grenoble ! Vous connaissez Grenoble ?

 

Marie

Non.

 

Charles

C’est gris… Le manuscrit passe alors de longues années dans l’officine de Mr Liotard. Avant d’être récupéré par un ministère de Napoléon, qui enquête sur les recettes secrètes de l’époque ! Oui, je sais, c’est curieux… C’est à la mort du pharmacien qu’il est restitué aux moines de l’ordre, tout juste reconstitué ! Je fais court, je vous passe le périple qui s’ensuivit…

 

Marie

Avec leur manuscrit, on dirait Moise et les tables de la loi, vos chartreux !

 

Il rie, remplit à nouveau les verres.

 

Charles

Vous avez vu cette couleur ?... Impossible à reproduire, un mystère complet… Après leur exil en Espagne, à Tarragone pour être précis, ils reviennent donc en France…

 

Marie

Ils faisaient quoi en Espagne ?

 

Charles

 Leur chartreuse… Après leur expulsion de France en 1903 ! Ne me demandez pas pourquoi...

Marie

C’est fou votre histoire ! On dirait un roman !

 

Charles

Oh, vous savez, les romans !... Pour conclure, nos courageux missionnaires reviennent au pays et continuent un temps leur errance de monastère en monastères, monastères dont l’avant dernier, d’ailleurs, finira enfouis sous un éboulement digne de l’apocalypse…

 

Marie

Et ils n’atteignent jamais la terre promise, vos moines ?

 

Charles

Si l’on considère Voiron, dans le Dauphiné, comme une terre promise, éventuellement… C’est là qu’ils achèvent leur odyssée en 1935, et résident toujours depuis ! Cette cuvée provient de leur distillerie actuelle. Vous avez vu ? Elle porte pour sigle un flatteur V.E.P., pour vieillissement exceptionnellement prolongé ! Ce qui, vous en conviendrez, prend tout son sens venant de cette communauté !...

 

Marie

Vous n’auriez jamais du ouvrir cette bouteille, je suis incapable de l’apprécier !

 

Charles

Ne dites pas de bêtises ! Un sirop de forêt mystérieux, quoi de plus logique pour réconforter une jolie fée…. Déposez donc votre petit nez sur ces senteurs, il y a plus de 130 plantes macérées là dedans ! Aucun aditif chimique, trente ans de patiente veille au rythme des prières et des saisons !...

 

Ils sentent et font tourner la liqueur verte dans leur verre…

 

Charles

Jeune fille, trinquons à l’ordre des moines chartreux, qui au prix de maints efforts, nous a transmis ce simple et délectable plaisir !

Ils lèvent leurs verres.

 

Charles

A l’ordre !  

 

Marie

A l’ordre !

 

Ils boivent.

Marie

Ça me change de la piquette que je buvais dans ma gare…

 

Charles

Ma pauvre enfant... Il faut m’expliquer ! Comment avez-vous atterri dans cette gare ?

 

Marie

J’ai pas été maligne…

 

Charles

Ça vous ennuie de me raconter ?

 

Marie

Au troisième verre, peut être… En tous cas, merci de m’avoir recueilli. Vraiment…

 

Charles

Vous aviez l’air si triste, tellement à la merci de la première brute venue…

 

Marie

Je l’étais… (Elle se raidit soudain, le fixe avec intensité) Vous cachez quelque chose ?

 

 

Charles

Comment ça ?

 

Marie

Pour être si prévenant... Vous avez un problème quelque part ou une idée derrière la tête ? Je vous préviens, je ne baise pas avec les vieux !

 

Charles

Je vous assure, je ne suis qu’un vieil architecte à la retraite, humaniste incompris et misanthrope ! Pour le reste, je suis toujours homme, mais avec l’âge on passe à autre chose…

 

Marie

C’est à dire ?

 

Charles

Pas grand-chose…

 

Elle rie, regarde autour d’elle.

 

Marie

C’est joli chez vous.

 

Charles

Merci. Il faut dire que j’ai eu le temps d’affiner la déco…

 

Marie

 Je suis désolé de vous perturber dans votre quotidien.

 

Charles

Pensez vous ! Les habitudes sont faites pour être changées… Et puis j’ai un instinct très sur ! Il m’a permis de survivre jusqu’à aujourd’hui. C’est dire !…

 

 

Marie

Et vous, vous faisiez quoi dans cette gare ?

 

Charles

Ne me regardez pas comme ça… J’attendais mon fils ! Qui aurait du venir… Il a du avoir un empêchement… Il sera là demain…

 

Marie

Il ne vous a pas prévenu ?

 

Charles

Non… C’est dans ses habitudes…

 

Marie

Alors, il sera là demain… Il vient vous voir souvent ?

 

Charles

Tout les week-end, depuis qu’il a divorcé… Pour se rapprocher de moi, dit-il…

 

Marie

Vous n’avez pas l’air convaincu ?

 

Charles

Je crois surtout qu’il s’emmerde…

 

Marie

Et vous, vous ne vous ennuyez pas ?

 

Charles

Jamais ! Un livre, un bon repas, deux, trois verres d’un grand vin, et je suis l’homme le plus heureux du monde ! Alors imaginez, la compagnie d’une fée…

 

Marie

Vous êtes gentil… Je crois que ce soir vous allez recommencez à fumer, Charles.

Charles

¨Tant mieux ! J’ai l’âge de gérer mes excès, pas de ne plus en faire !

 

Marie

Tenez, allumez le !

 

Il l’allume, tire une bouffée, regarde le joint, retire une bouffée…

 

Charles

Je voyais ça plus fort !

 

Marie

Ma seule richesse, avec quelques feuilles et un peu de tabac à rouler, trois fois rien, quoi…

 

Charles

 Trois fois rien, c’est mieux que rien… (Il hésite)  Vous allez dire que j’en fais trop… Mais j’ai l’impression de vous connaître ! Tout semble naturel avec vous… Il me faut remonter loin, pour me souvenir d’un tel sentiment d’harmonie.

 

Marie

Jusqu’ou ?

Charles

L’enterrement de l’amant de ma femme, pour être précis… Une plénitude quasi mystique m’avait envahi, ce jour là…

 

Marie

Elle avait un amant ?

 

Charles

Toutes les femmes ont un amant…

 

 

Marie

Et il est mort ?

 

Charles

Oui… Un vilain cancer du colon… Il est mort par ou il a péché, en quelque sorte… Enfin, en ce qui me concerne… (Il  boit une goulée de chartreuse.) Vous comprenez, ça m’aurait ennuyé de passer l’arme à gauche avant cet ahuri ! (Il tire sur le joint, s’étrangle un peu…) Parce qu’en l’occurrence, il s’agissait vraiment d’un con, une brute idiote et suffisante !... Et je dis ça avec tout le recul de l’âge... Je n’ai jamais compris ce qu’elle lui trouvait ! Ou voulu comprendre, ce qui revient au même…

 

Marie

Pourquoi s’est elle détourné de vous ?

 

Charles

Elle ne l’a jamais fait… Fort à propos, Oscar Wilde disait : « Si la science ne s’occupe pas des femmes, c’est que l’irrationnel n’est pas de son domaine » !... Vous connaissez Oscar Wilde ?

 

Marie

Un peu. Moins que les autres hommes… Avant, j’adorais lire, c’était mon refuge. Mais ça aussi, je l’ai perdu en route…

 

Charles

Alors là, nous sommes sur mes terres ! Faites moi confiance, on va y remédier… J’ai un livre d’André Gide, vous connaissez André Gide ? Faux cul de première, auteur de moult mauvaises oeuvres, mais magnifique style, limpide !… Bref, il a fréquenté Oscar Wilde, et en a fait un livre. Un beau livre ! J’aime tendrement Oscar Wilde. C’est infiniment touchant de voir cet homme si brillant condamné aux enfers…  Je parles trop peut être ?

 

Marie

Je vous l’aurai déjà dit…

Charles

Tant mieux. Tant mieux…Vous reprendrez un peu de chartreuse ?…

 

Marie

(Elle fait signe que oui)  Je pourrai repartir avec un livre ?

 

Charles

Pas nécessaire. Si vous restez…

 

Marie

C’est une proposition ?

 

Charles

Une invitation.

 

Marie

Je ne suis pas en position de refuser quoi que ce soit…

 

Charles

Nous  en reparlerons demain, si vous préférez...

 

Marie

Je veux bien…

 

Un long silence s’écoule.

 

Charles

Roulez donc un autre de vos machins, celui-ci est presque terminé !

 

Marie

 (Elle finit son verre.) Et vous, faites votre travail, resservez nous !

 

Charles

Faites moi confiance, j’en fais une affaire personnelle, cette bouteille ne verra pas le jour.

 

Marie

Je repense à votre histoire, j’en reviens toujours pas ! Elle est antique, votre chartreuse !

 

Charles

Ah, il faut dire que vous mis à part, tout est antique ici !…

 

Marie

Vraiment, on fait une mauvaise équipe, alcoolique et droguée…

 

Charles

Je la trouve excellente, au contraire ! Si ça ne faisait pas vieux con, je dirai que je me sens rajeunir…

 

Un silence s’écoule. Ils s’observent.

 

Charles

Vous disiez n’avoir pas été maligne, tout à l’heure ?

 

Marie

Avec les hommes, oui… Pas très sélective. Ça m’a joué des tours…

 

Charles

Vous n’avez pas de famille ?

 

Marie

A part un chat écrasé, je ne crois pas… Ma mère peut être. Enfin ce qu’il en reste…

 

Charles s’étrangle en fumant, elle lui tape doucement sur l’épaule…

 

Marie

Ça va ?

Charles

Impeccable…

Marie

Je devais me marier le mois prochain.

Charles

Avec qui ?

Marie

Un type, qui m’a sorti le grand jeu. Sans en être au même point qu’aujourd’hui, ce n’était pas glorieux à l’époque… J’ai cru que j’aurai enfin une vie normale, sécurisante…

 

Charles

Oh, vous savez, la sécurité, sur ce monde… Un mariage de raison ?

 

Marie

Je sais, c’est stupide… Mais je l’aimais bien. Avant de le connaître… J’ai vite déchanté… Pas le genre à miser sur les sentiments…

Charles

Il faut se tenir à distance de ceux qui parient sur l’échec de l’amour, un de mes amis le répétait souvent…

 

Marie

Il avait raison votre ami… (Elle allume son joint, boit un peu de chartreuse.) J’aurai du me méfier quand il a commencé à m’habiller avec ses affaires de geisha. Mais j’étais si fatigué d’errer de galère en galère… Je me suis laissé conditionner. J’étais devenu un objet, une poupée.

Charles

Vous n’auriez pas du laisser faire.

 

Marie

Je sais… Les trucs un peu spéciaux non plus… Je vous passe les détails.

 

Charles

S’il vous plaît…  Sauf si ça vous soulage d’en parler…

 

Marie

Ça ira… Y ’a pire, et j’ai suffisamment pleuré…

 

Charles

 C’est là que vous êtes parti ?

 

Marie

Même pas… Non, là où j’ai compris qu’il fallait vraiment me barrer, c’est suite au mariage qu’il organisait à l’étranger… Le mien, en l’occurrence… J’ai beau être naïve, la tronche du prince charmant, elle partait de plus en plus en biais … Alors, plutôt qu’un voyage de noce avec mes fesses 4 étoiles dans un bordel exotique, j’ai pris la fil de l’air…

 

Charles

Et cette déception date de quand ?

 

Marie

Trois mois.

 

Charles

Il fallait vous réfugier chez une amie ! Ne me dites pas que vous n’avez pas d’amis non plus ?




Posté par fatalis à 16:42 - Au Théâtre ce soir... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 juillet 2006

Une chance pour deux : Acte I (suite)

 

Marie

Les filles ont rarement des amies… Si, deux. Je crois… Dans cette petite ville grise et méchante d’où je viens…

Charles

Vous ne voulez pas y retourner ?

Marie

Je préfère mourir sur un quai de gare… Franchement, au début, je m’en sortais ! Un peu du sans filet, mais au moins j’étais pas à la rue… Un boulot de serveuse, une chambre dans un hôtel pourri, je pensais tenir, en attendant d’être déclaré… Jusqu’à mon problème avec le type qui m’employait. Un sale type…

Charles

Il vous a licencié ?

Marie

On peut dire ça… Je lui ai collé une pizza qui sortait du four sur la gueule ! Une semaine d’ITT… Il a porté plainte, parait qu’il gardera les traces de la pizza toute sa vie…

Charles

Evidemment, sorti du four… Il vous tenait des propos déplacés ?

Marie

Entre autres… Il m’a mit un doigt dans le cul durant le service.

Charles

Je ne critique pas votre réaction, mais une gifle aurait suffit pour une main aux fesses, vous ne croyez pas ?

Marie

Quand je dis « doigt dans le cul », il ne s’agit pas simplement d’une image !... Je portais une jupe très courte durant le service, enfin si on peu appeler jupe ce micro bout de tissu rose moche, l’uniforme obligatoire, comme il disait… et ce jour là je n’avais pas de culotte…

Charles

C’est espiègle.

Marie

Je n’en avais plus de propres, surtout… Bref, je me penchais pour sortir la pizza du four, parce que ça aussi, c’est moi qui me le coltinais ; et il s’est permis ce que je vous ai dit…

Charles

Effectivement, la pizza s’imposait !

Marie

Vous voyez ! Quand je vous disais que c’était un sale type….Bien évidemment, au restau, ils ont refusé de payer ce qu’ils me devaient… Donc, plus de boulot, plus de sous. Après ça descend vite… Viré de l’hôtel, un mec a droite à gauche au début, et la gare pour finir. On est loin de la  « succès story »…

Charles

Vous pouvez quand même être fière de vous !

Marie

Fière de quoi ? D’avoir navigué d’échec en échec, d’être la plus belle parmi les poubelles ?

Charles

Non, d’avoir conservé cette jolie étincelle dans vos yeux !

Marie

On a tous des épreuves, Charles. Vous aussi, vous en avez eu…

Charles

Bien sur… Plus ou moins. Quand c’est plus ou quand c’est moins, ça change pas mal de choses… Dites moi, elle s’éteint tout le temps votre cigarette ?

  Elle lui tend un briquet. Ils se regardent. Une émotion passe… Charles rallume le joint et tire avec un plaisir évident plusieurs bouffées…

 

Marie

Vous allez exploser, Charles ! J’en ai mis pour trois dans celui-ci !

Charles

Parfait… (Un nouveau silence s’écoule…)  Vous avez faim ?

Marie

Bizarrement, non…

Charles se lève d’un bond.

 

Charles

Il faut que vous mangiez ! Je vais m’en occuper !

Marie

Non ! S’il vous plaît ! Vraiment…

Charles

Alors je vais mettre un peu de musique, et tamiser la lumière. Ne vous relâchez pas, roulez donc un autre de vos trucs pendant ce temps !...

Marie

Vous écoutez quoi comme musique ?

Charles

Partant du principe qu’il n’en existe que deux, la bonne et la mauvaise, j’écoute de tout !

Marie

Pour quelqu’un de votre génération, vous m’impressionnez.

Charles

Dites donc, mon petit chat, à mon âge on n’est pas forcément condamné au déambulateur !...   

Marie

(Elle rie)  J’aime la musique africaine.

Charles

Vous aussi ? Ça ne me surprend pas…J’ai ce qu’il vous faut ! (Il cherche et met un disque. Une musique Africaine monte, progressivement…) Des artistes Maliens, les Beatles Africains, selon moi ! (…) J’aurai tant aimé savoir danser ! Mais je suis définitivement raide comme un fumier de blanc ! Vous voyez, pour danser à l’africaine, il faut être souple du genoux (Il fl