Cartographie du néant et Traçabilité du rêve

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22 mars 2008

J'ACHETE ?

J’achète

Quoi ?

Une âme

Nouvelle

A moins que je lève l’hypothèque

Sur l’ancienne

Pour elle

Et ce visage

Qui m’interdit d’être totalement incroyant

Quand bien même aurai-je compris
Quelles sont les cibles
Ou sont les mines

Je fais quoi 

Dans mon Zeppelin
Aux airs de Titanic insubmersible ?

Du vol et du naufrage je paye le prix

Pour ne plus être ce navigateur
Aux cieux crevés ?

Bien sur

Quoi d'autre ?

20 février 2008

A quoi bon ?

J'ai gardé l'amour des choses simples
Mais perdu leur gout.

Ainsi vêtu

Avec pour cortège
Le blanc
De nos dernières amours

Cette nuit

j'ai enterré ce cœur
Qui vécu
Au fond d'un "puis"
Juste à coté des "peut être"

Arrosant de larmes
Ce vieil outil

Je me dis
qu'il donnera peut être
un arbre joli

Ou pousseront d'autres fruits

Unis vers les cieux

Ou pousserons d'autres fruits

Vers la sortie

Alors, (alors)

Dans la douce lumière du jour couchant

Seul et assagi,

M'approchant de ces agrumes
Pourries
Parmi les orties,
Je leur dirai :

"J'ai gardé l'amour des choses simples
Mais perdu leur gout"

Leur silence abîmé murmurera :

"A quoi bon?"

Alors, (alors)

Pour seule réponse je les gouterai

Et qui sait

Les aimerai

Peut être...

28 janvier 2008

Encore

Est-ce moi

Le premier parti à la dérive ?

Trop loin

Pour voir

Ton mouchoir à la fenêtre ?

Aujourd’hui je rame

Pour rejoindre la rive

Ulysse à la ramasse

Je crie

M’agite avec colère

Insulte les Dieux

Invoque les amis disparus

A quoi bon ?

Figure de proue décharnée

J’harangue des fantômes

Il n’y a plus d’équipage à impressionner

Il n’y a personne

Je suis seul

Illusions, Rêves enfantins, colères passionnées

Tous je vous aimais

Tous  perdu en mer

Chant des sirènes

Pour dernier repos

Tour de ronde

Dans la tempête

Puisqu’il me reste l’espoir

Sur ma coquille de noix

Alors

(Encore)

De l’aube jusqu’au soir

Sonde

Minuscule

A la conquête

D’un univers triste et froid

Je veux bien y croire…

12 août 2007

Combien ?

Sur ta planète froide
La nuit
Ou tu comprendras que je suis
Le seul
Ami
Jamais possédé par ton esprit
(frappeur et menteur)
Ce sera la lumière
D'une étoile morte qui te parviendra

J'ai 73 ans (ma pauvre Cécile)
5 de moins que toi
Je brille encore
Un peu

Cette nuit
Hier
Aujourd'hui
(quelle importance ?)

J'ai traversé ce rève un peu salace :
Profiter
De ton âge
Pour te caresser

A nouveau

Rejoindre
Cette intimité perdue

Te dire ces mots un peu menteurs

"Je suis là ma mignonette punkette
A vouloir
Comme cette première nuit
Embellir cet univers
Tordu
De nos baisers vaudous"

(Un peu menteur)

Le chagrin accumulé depuis 40 ans
Est un guide.
(Faire taire cette voix)
Qui m'a guidée
Nul part

Se dire en voyant tes si jolis petits seins
Devenus vieux, flétris,
Se dire :

"Tout ça pour ça?"

Et souffrir
Et avoir honte
Et t'aimer quand même
Et te hair

Encore

Un peu menteur
Mais pas seulement

Avec
Pour symbole de notre amour

(maison hantée)

Cette question

(maison hantée)

qui me poursuit :

Si chaque grain de poussière est un mot qui veut dire hier
Combien de soleils nous faudra t'il pour écrire toujours?


09 juillet 2007

mécanismes compensatoires et phénomènes neuro-transgressifs

A l'oeuvre...

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07 juin 2007

Variation sur 6syphe...

Passeur
Décalé sous les sunlights

Lignes diverses
Amours volantes
Coeurs naufragés

Au fil de l'astrolabe

Tu cherches la mesure de l'angle
Entre horizon et corps céleste

Au fil de l'astrolabe

Tu transperces
Les étoiles

Tandis que l'arbre déchire
Son écorce
Scellant

Passif

La chair de la vie

06 juin 2007

Citation pour intime écho



Sisyphe embrassa le feu et dit :

                                     " Il a plut entre mes lèvres tel un éclair "

                                                                        Ismael

03 juin 2007

Ball trap pour privilégié

 Nous sommes chez moi.
L’hiver en Tunisie.
A moins que ce ne soit déjà l'été
Ou que ce ne soit pas chez moi

Quelle importance ?

La nuit est tombée, entraînant le soleil et quelques degrés dans sa chute.
Il ne va pas tarder à pleuvoir.

 J’écris sur elle : Astre sombre qui m’ouvrit les cieux.
J’écris sur elle : Qui me libéra de ce cachot où je croupissais
Pour ensuite m’abandonner en plein désert.

Je me suis brûlé auprès de ce joli soleil d’un mètre cinquante huit.

Instable, sauvage et gracieuse, elle n’a jamais su ce qu’elle voulait.  

  Le fait-est, à trente trois ans, tu sors de quatre ans de ball-trap avec cette seule certitude :
Tu étais du mauvais coté du fusil.

Oui, tu t’es brûlé auprès de ce joli soleil d’un mètre cinquante huit.
Ta chute fut celle d’Icare. En moins lyrique, en moins glorieux.
Plutôt façon météorite, avec cratère géant à l’arrivée.
Il a fallut creuser profond pour récupérer les morceaux.
Nous étions loin de la superbe des récits mythologiques.
Aléas de la destiné humaine, sans doute…

Il n’empêche, créature de Frankenstein rafistolé / recousu de toutes parts, 
La machine à vivre palpite encore !
Bien plus fort que tu ne l’avais envisagé, pas mal cabossée, c’est vrai, mais fonctionelle, réelle !
Le fantôme a retrouvé un corps,
Désertant chaque nuit un peu plus cet amour aux allures de maisons hantées.

Tu as de la chance,
Le seul geste qui compte, la vie te l’offre :
Le geste qui sauve.

Miraculé, tu ne la ramènes pas trop, le temps est compté.

Et, tandis que le chagrin te tape amicalement dans le dos, que la douleur infinie t’effleure avant d’en poignarder un autre, tu constates qu'une espérance folle te baise les pieds,

Que vouloir d'autre ?...

Petit tableau en attente de cadre...

 

Lapidé pour un baiser il fut condamné à la naturE
Englué en sa cellule nul ne peut y fuir le procèS
Palais astral tu es hors la loi Toi l’émoi absenT
Réarmé Lucifer lui vivra de ce venin de ce manquE
Olympe vole moi à la vie j’ai l’amour pour décliN
Croire soi loi à niveler par dégoût de cet essaiM
Enfant du démon à l’arme de l’innocence il aimerA
Savoir le vide que faire ?               : lutteR
Sermon vierge l’Art crée l’homme et nie le ressaC
Unique trace humaine lui seul indiquera le zénitH
Soleil noir j’écrirai en nos âmes l’infini espérE


19 mai 2007

Juste à...

Bactérie Qui s'étonne De ne pas être Dieu Phénomène de foire Dans le carnage Du cirque Organique Le "sans" coule à flot Encore Grâce à "ça" "ça" quoi ? " ça " Et nous Orphelin brutal et tourmenté Qui s'invente Encore et encore Des images de pères Plus ou moins cruels Plus ou moins barbus Etonnant ratage Qui s'est fait la malle Du vieux laboratoire Les Sapiens naufragent Et cherchent l'autorité Encore et encore Pourtant (pourtant) Dans nos jungles claniques L'espace qui parfois s'entrouvre Dévoile Une brise Un sourire Un coeur satellite A la dérive Dans l'infini sidéral Un peu d'infini Probablement Trois fois rien Surtout Ainsi cloitré Amoureux de ma prison Je rebondis sans cesse dans ma cage en sussurant : "Trois fois rien C'est mieux que rien " Et je rêve Je rêve à ce que je n'ai plus Elle Ou Elle Je ne sais plus Etoiles filantes Que parfois j'apperçus Traversant la nuit Comme un éclair A chaque fois je fis un voeu Un voeu qui trois fois s'exauça Un voeu qui jamais n'aboutit Du pareil au même, ça ne change rien Ou tout Juste à la recherche D'absence de brûlures Et de pointes traumatisantes Dans la zone de découpe ! Quoi d'autre ?...

04 mai 2007

De la chance

Coeur de pierre

J'ai presqu'autant de peine
Que d'injures faites
A Toi
A moi
A nous

Jardin de cristal

Comme il s'étend
Loin
Le cimetière affectif

Comme il s'étend loin
Au fur à mesure
Que grandit
Des regrets
Des regrets sans regrets
L'effectif

Ombres
Qui furent
Avant
Autrefois
Un corps
Une vie
Que je pouvais
Toucher et aimer

Coeur de pierre et jardin de cristal

Oui, j'ai bien compris :
A notre image
Tout se termine en absence

Toi
Moi
Nous

Alors qu'importe

Si je pleure mon chat
Plus que ma Grand mère
Mes mensonges et les injures

Qu'importe

J'ai beaucoup de chance

Il me reste un peu d'air pur
En haut de mon tas d'ordure

J'ai beaucoup de chance

Car j'ai bien compris
Que si
L'enfer est
Ici
Alors
Le paradis aussi

J'ai beaucoup de chance

Je suis libre

De continuer

A t'aimer
De tout gâcher

De ce caillou sanglant
Au plus haut des cieux
Je suis libre
Seigneur tout puissant

Je suis libre

Car je connais
Tes équations sadiques
Et sans pitié

ô Séraphique fumier

31 mars 2007

Le chagrin seul

La peau et le coeur n'ont aucune mémoire
Le chagrin seul se souvient

Je sais

Pourtant

Je reviens
Aux portes de l'antique théâtre
Signer et rater 
L'éternel retour de nos amours

Pourtant

Je suis heureux
De vivre
Sans toi

Mais

Je suppose

J'accepte mal de ne pas savoir

Ni voir

Tes jolis seins
Vieillir
loin de mes caresses

Notre peau
flétrir
Sans renaître
chaque nuit
Sous nos baisers

Bien sur j'aime la nuit

Toujours

Et me détruit
Avec l'Impérator
Certitude marquée au front

Encore

Mais ou aurais-je appris
A t'aimer aujourd'hui

Si fort

Sinon ?

Sais tu pourquoi tu as tant vieilli mon amour ?
Sais tu pourquoi j'envoi ces mots
Comme autant de pierres dans un miroir ?

Parce que le coeur, la peau n'ont aucune mémoire
Le chagrin seul se souvient
Et cherche la cause

C'est très bien ainsi
Je suppose
Sinon tu aurais dit oui...

07 décembre 2006

Concession pour l'éternité : Fatalis (1972-2047)


Nuit assassine
Eclair translucide

Je rêve à rien, à tout

Un peu de nous

J'avoue

Trouble châtiment,
L’amour ploie sous l’inconstance,
L’infiniment banal terrasse
Au plus précieux

Et sur mon cœur, jolie sylphide,
Un goutte à goutte acide    

Jusqu’aux cimes de l’arbre
Ou ciel et vent divorcent,
Bien des mensonges
Sont venus se poser

Antiques corbeaux, qui,
Silencieux,
Observent
Le dernier combat,
La dernière mélodie
Des duettistes

Nuit assassine
Que rien n'éclaire ni n’élucide

Je rêve un peu

A vous

Tant que je le peux

Surtout…

28 novembre 2006

Estafette au galop

Estafette au galop
Dans cet univers délabré

Course folle dans les parkings crasseux
Du paradis

Je ne finirai pas
Enmmuré dans l'infini

Je mens comme j'aime

J'aime comme je mens

Avec passion !

Dois-je tout brûler pour te le prouver ?

Je me jetterai en flamme du haut des tours;
Mais est-ce ton prénom que je crierai,
Mon amour ?

Est-ce notre corps passion qui se consumera dans le vide ?

"Ce corps à nous, travesti de molécules agitées et banales,
Tout le temps se révolte contre cette farce atroce de durer.
Elles veulent aller se perdrent nos molécules,
Au plus vite, parmi l'univers ces mignones !
Elles souffrent d'être seulement nous : Les cocus de l'infini !..."

Estafette au galop,
Dans cet univers délabré

Course folle dans les parkings crasseux
Du paradis

Je ne finirai pas
Enmmuré dans l'infini

Ma victoire est-elle
Celle du dernier des salauds ?...

Qu'importe

J'emmerde la méprisante réponse.
Le réel n'est pas nous.

Je possède une âme (je crois)

Et dans les flammes (pour toi)

Estafette au galop
Ma course folle
M'envolle
Et me rachète du royaume des salauds !

Pour toi

(Je crois...)

23 octobre 2006

CONTE à rebours

Si la vie est une absence à retardement

L’amour un conte à rebours

Comment ne pas trouver futile chaque signe tracé avec orgueil

Sur la page blanche de nos consciences ?

Mon cerveau objet est devenu con.

Lui, si vif autrefois, capable d’embraser le monde d’un éclair s’est recroquevillé sur lui-même.

Abîmé par l’alcool, la drogue, la paresse, la passion amoureuse et l'idéalisme crétin des jeunes gens.

J’écris. Mais la sensation n’est plus la même.

Toujours ces même phrases et mots reviennent,

Insupportables tautologies qui désignent ces limites qu'hier j’ignorais encore.

J’ai bien fait le malin.

Ma grossière certitude, mon insupportable vanité s’affichaient en lettres de feux.
Une simple larme de pierrot la lune a suffit pour les éteindre. 
Un pierrot lunaire poignardé au coin de la rue.

Je fais moins le malin.

Bien sur, il me reste une grille pour décrypter ce plan d’existence.
L’instinct soigneusement programmé pour débusquer le talent et la connerie humaine
Où qu’ils se trouvent,
C'est à dire à peu près partout.


Une gentillesse made in heaven qui exauce mes désirs, mes souhaits les plus obscurs.

Un don, je suppose, que je ne cherche surtout pas à comprendre.

Je sais la fragilité de tout, y compris de notre capacité à rêver.

Etre heureux passe par la lucidité.

Mais la lucidité nomme cette stricte vérité :

La vie est une absence à retardement, l’amour son conte à rebours.

Alors quoi ?

Alors rien.

Nous sommes des passagers clandestins.
Dans la cale on s’accroche, on tente de survivre, on rêve de terre promise;

On ignore qu’à l’arrivée, c’est l’esclavage qui nous attend.

Alors quoi ?

Sourire, peut-être.
A l’espérance neuve qu’il nous appartient de semer dans le fumier du réel.

La nature, notre mère, est une putain froide.
Prête à vendre un enfant pour un autre,
Puis cet autre pour un autre,
Jusqu’à la fin des temps.

Peut être notre avenir est-il contre nature,
Plus encore que nous ne le sommes déjà ?

Qui peut le dire ?  Pas moi.

Funambule commun et Christ de bazar,
Sur ma corde raide,
Je reste là, les bras écartés,
A prier que le vent ne souffle pas trot fort.

Je fais moins le malin…


22 septembre 2006

De la douleur capable de tutoyer les anges :


Notre besoin de consolation est impossible à rassasier
 (1952)

Stig DAGERMAN (1923-1954)

Traduit du suédois par Philippe Bouquet

Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.

Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.

18 septembre 2006

De l'acte et du présent comme réalité première



« Si tu es en train de planter un arbre, et qu'on te dit que le Messie est venu, termine de planter ton arbre ; ensuite seulement, tu pourras aller voir le Messie »…

   Talmud

15 septembre 2006

Sad clown in Tunis


Assis dans ce bus qui le ramène à son appartement minuscule,

Victor regarde la misère et les apparences défiler.

A la fenêtre de son bus urbain, son regard s’attarde sur des vieux shibanis,  fantômes surgies d’un monde presque effacé, qui passent discrètement, comme gênés et s’excusant d’être encore là.  Il observe aussi  deux madame Naziha qui s'agitent, futiles nanties de ce pays qui n'est pas le sien. Elles commentent probablement leur dernière exposition de tableaux, la mode du moment, croutes infâmes qui traitent toujours du même thème : le vide sidéral. Peut être aussi, s’extasient-elles sur leur progéniture, si brillante ? L'une fait des études de dentiste en Roumanie (les diplômes se vendent bien là bas, tout se vend là bas, même les enfants, surtout les enfants), l'autre possède tellement de cœur, qu’une fois, c'est dire, elle a même invité la femme de ménage à boire un café !   Extase sur la précieuse descendance ! Félicitations !  Encouragements !  Néant...


Victor regarde, imagine, et s’en fout. « Chacun sa merde » pense t’il… 

Dehors, il se met à pleuvoir. Il repense à la France.

Au moins, ici, il fait beau, se dit-il...

De la poche de ce vieux pardessus qui le vêtit trois saisons sur quatre, il sort un prospectus froissé. Il annonce une grande fête au carrefour Tunis, avec des animations spectaculairement minables sponsorisées par des lessives, des jeux qui ne gagnent rien et, pour les gosses, un spectacle avec le clown Nono !

La dernière phrase hypnotise le regard de Victor :

« Avec le clown Nono »…

Victor était le clown Nono.

  Il se souvient du premier spectacle auquel il assista, enfant, avec sa mère, qui traînait ce qu’elle appelait gracieusement « un accident de capote ». Il se souvient de ce spectacle itinérant et fauché. Devant l’apparition des clowns, bipèdes bariolés et grimaçants,  il eu si peur que la violence de ses cris plongea le petit chapiteau dans le silence et la stupeur. Pour que cessent ces regards pénibles tournés sur eux, par gène autant que stupidité, sa mère l’avait giflé. Première rencontre de Victor avec le cirque. De la vie.

Depuis, Victor, subtil camouflet dont l’existence possède le secret, était devenu clown.

Un clown médiocre qui jouait dans des spectacles médiocres.

Il vivait seul. Depuis sa rupture avec la seule femme qui l’aie jamais aimé. Un peu sa faute…

A l’époque ou il travaillait encore dans une troupe, il avait confessé à cette jeune femme avide de maternité détester les enfants. Il les haïssait et en avait peur. A chacun des rires criards qu’il obtenait en réponse à ses chutes et grimaces effectuées comme une mécanique absurde et sans âme, une angoisse lui compressait le cœur. Petits singes hideux, pour lui, leur rire bruyant s’apparentait à celui du destin. Un destin au visage d’enfant, qui s’esclaffait à chaque gamelle de sa dépouille colorée.

Sa compagne n’avait guère apprécié l’aveu. 

A la suite de cette confession, elle cessa d’aller le voir jouer dans ce cirque dont il serait de toute façon bientôt viré. Une faille s’installa entre eux. De reproches mesquins en mépris silencieux, la faille devint gouffre, et leur relation fut engloutie corps et âme. 

Elle le quitta. Il ne fit rien pour la retenir. Et ne la revit jamais.

Face à la vie, Victor avait baissé les bras.

Le prospectus à la main, il descendit du bus en se demandant s’il aurait de quoi manger et payer son loyer jusqu’à son numéro au supermarché. A priori, non. Avec un peu de chance, il aurait au moins de quoi boire…

Sur le chemin un homme le bouscula, Victor baissa les yeux, le courage était tout, sauf une nécessité vitale dans le no man’s land ou résident ceux de son espèce.

Enfin chez lui, assis sur son fauteuil unique et pourri, dans cet appartement emplie de meubles moches, pour remplir ce vide, ce vide qui n’a pas besoin d’espace pour être infini, il envisagea de vendre son seul loisir : sa télévision. Il abandonna l’idée, il n’en tirerait rien. Elle était en noir et blanc. Comme sa vie. Et même là bas, les salauds de pauvres estiment avoir droit à la couleur…

Victor n’était pas un mauvais garçon. Né et grandi dans une configuration défavorable,

simplement, il n’avait pas eu le courage et la force de conjurer le sort.

Pour Victor, le désespoir portait un costume de clown.

Et c’est ainsi vêtu, dans l’indifférence totale,

Qu’il mit fin à ses jours,

Une nuit chaude d’été.

Probablement son meilleur gag.

13 septembre 2006

Patience....


Patience ma douleur,

Le bonheur à tes portes,

Je sais que tu ne cèderas pas.

Ton domaine s'orne de tant de batailles perdues,

Si nombreuses et si hautes sont tes cathédrales

Inachevées,

Tu le sais bien,

Le droit du sang est pour toi.

Patience ma douleur


Tant de coups de boutoirs inutiles ont endurcis tes murailles,

Si nombreuses furent les larmes répandues aux pieds de ta forteresse :

Tu devrais te sentir indestructible ?

Regarde, regarde !

Mon rire se fige dans la solitude de tes jardins de pierre ;

Regarde 

La passion infiniment douce et neuve

Déjà chancelle et trébuche

Dans cette salle ou trône

Le portrait de la Reine disparue !


Ne le sais-tu pas

Que chacune de tes blessures porte son prénom ?

Pourquoi avoir peur de me perdre ?

Ces déserts ou toi seul marchais à mes cotés,

Ces cachots sordides où j'écrivais sur les murs "liberté",

Ne m'as tu pas appris à les aimer ?

N'ai-je pas creusé la terre jusqu'au sang sous mes ongles

Pour découvrir les mots qui touchent

Et transpercent comme une lance,

Les mots qui volent

Jusqu'aux cieux

Quelques caresses,

Ces mots qui retardent l'échéance

Et te renforcent chaque nuit un peu plus ?

Sur l'autel des espérances brisées

N'ai-je pas offert mon ventre au sacrifice ?

Mes paumes

A ces Dieux qui torturent les âmes enchaînées ?

N'ai-je pas toujours fait face à tes cotés ?

Ne cédant jamais

Et te portant comme l'emblème

Sur mon coeur bouclier ?

Pourquoi la fixes-tu ainsi,

Elle qui te connaît mais t'ignore ?
La craindrais-tu 

Cette étoile inconnue ?

Du royaume des désirs,

Le temps, ton allié,

Ne l'entends-tu pas murmurer :

" Patience, mon amie,

Le bonheur à tes portes,

Tu ne cèderas pas ! »

Pourquoi aurais-tu peur

De sa douceur

Toi ma douleur si forte ?

Mais tu n'écoutes plus...

Parfait...

Alors je peux le dire :

Prend garde ma douleur

Qu'une nuit le poignard sous ta gorge je ne porte,

Tu vaux moins qu'un seul de ses sourires !

Prend garde ma douleur,

Le bonheur à tes portes

Je pourrai bien te trahir...

08 septembre 2006

Tout est commun...

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